AFP/SASCHA SCHUERMANN
Wendelin Wiedeking devrait quitter son poste à la direction de Porsche-Volkswagen.
Berlin, correspondante
Rarement, en Allemagne, une dynastie industrielle aura à ce point porté ses conflits sur la scène publique. Le duel sans précédent que se livrent depuis plusieurs mois les deux familles qui contrôlent, d'un côté Volkswagen (VW), le premier constructeur automobile européen, et de l'autre Porsche, le plus petit mais le plus rentable au monde, devait atteindre son point culminant jeudi 23 juillet.

Lors des conseils de surveillance des deux groupes réunis à Stuttgart, les deux clans, représentés d'un côté par Ferdinand Piëch (VW), 72 ans, et de l'autre côté par Wolfgang Porsche, 66 ans, tous deux cousins, et petits-fils du fondateur de la marque de voitures de sport, Ferdinand Porsche, devaient annoncer un accord prévoyant le rachat de Porsche par VW pour 8 milliards d'euros.
Un véritable triomphe pour Ferdinand Piëch et sans doute la fin de la brillante carrière de Wendelin Wiedeking chez Porsche. Soutenu jusqu'à présent par Wolfgang Porsche, président du conseil de surveillance, le patron du fabricant devrait céder son fauteuil à Michael Macht, responsable de la production. Dans ce scénario, Porsche sera la dixième marque de VW, la région de Basse-Saxe conservera sa part de 20 % chez VW et l'émirat du Qatar pourrait obtenir jusqu'à 19,9 % dans le capital du nouvel ensemble.
Pour M. Piëch, le patriarche de Wolfsburg, M. Wiedeking, le patron le mieux payé d'Allemagne, est devenu l'homme à abattre depuis qu'il s'est mis en tête d'acheter le groupe Volkswagen. Tous les moyens sont bons pour l'inciter à démissionner, y compris annoncer à plusieurs reprises son départ par voie de presse.
Raillé comme un homme disposant "du charme d'un comptable" lors de sa nomination à la tête de Porsche en 1992, l'énergique M. Wiedeking avait sauvé le constructeur de Stuttgart de la faillite dans les années 1990. Avançant d'abord un prétexte patriotique - protéger Volkswagen d'éventuels fonds d'investissement peu scrupuleux -, Porsche avait annoncé, en 2005, vouloir acquérir 19 % du capital de VW. En vérité, son intention était de mettre la main sur la trésorerie de VW et d'en faire une entreprise "normale", c'est-à-dire libérée de son système de cogestion et du droit de veto de l'Etat régional de Basse-Saxe qui le protège d'une attaque hostile. En septembre 2007, M. Wiedeking annonce vouloir acheter jusqu'à 51 % de VW, puis 75 % un an plus tard. Depuis janvier, Porsche détient 51 % de VW.
Mais la crise financière et le maintien de ce droit de veto changent la donne. Le montant des dettes de Porsche - près de 10 milliards d'euros - oblige M. Wiedeking à faire appel à un investisseur extérieur, s'il veut rester indépendant. Des négociations sont entamées avec le Qatar.
C'est là que M. Piëch reprend la main. Il espère pouvoir concrétiser son rêve : créer un seul groupe et faire de VW un gigantesque constructeur capable de produire toutes les gammes. Reste à convaincre le cousin Wolfgang.
SOIRÉES MONDAINES
Mais tout sépare les deux hommes. M. Piëch a fait sa scolarité dans un internat très strict tandis que son cousin a été scolarisé dans une Waldorfschule, une école qui met le développement individuel au coeur de son projet pédagogique. M. Piëch a fait une brillante carrière au sein d'Audi et de Volkswagen alors que son cousin, surnommé "WoPo", s'est longtemps distingué par sa présence dans les soirées mondaines. Le premier est méfiant de nature, combatif et impitoyable avec ses adversaires. Le deuxième aspire, lui, à l'harmonie.
Mais Porsche est loin de s'avouer vaincu. Le groupe dément régulièrement le départ de son patron. Les salariés menacent de faire grève. Certains pensent encore que le projet de VW pourrait échouer en raison d'une très forte somme d'impôts à payer. Les négociations pourraient même se prolonger jusqu'à fin juillet.
Quant à M. Wiedeking, il annonce dans un entretien avec le magazine Cicero à paraître jeudi 23 juillet qu'il ne "permettra pas que Porsche soit berné à la fin". Le calme entre les deux branches de la famille n'est pas près de revenir.
Cécile Calla








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